Avec près de 170 économistes, vous avez adhéré à une plateforme pour soutenir le programme financier de Nupes. Pourquoi, permettez-moi de préciser dès le départ que je ne suis membre d’aucun parti, qu’aucun programme n’est parfait et que tout le monde se pose des questions. Il reste que Nupes est le seul à proposer un plan d’investissement dans l’écologie, la santé, l’éducation, financé non pas par l’inflation ou la dette, mais par la hausse des revenus et des héritages. Cette supposée option reste la seule qui permette de réduire les hausses de prix, tout en finançant les hausses de prix des soignants, des enseignants, des bas salaires ainsi que la transition écologique. Les 500 plus grosses fortunes de France ont vu leur patrimoine passer de 200 à 1000 milliards d’euros entre 2010 et 2022, soit de 10% à 40% du PIB ! Cela est disproportionné par rapport à l’évolution des salaires. Nous devons à nouveau équilibrer les choses. Lire aussi – EXCLUSIF. Piketty, Friot, Cage… Les économistes réclament le programme Nupes aux législatives Que pensez-vous des critiques pour son manque de crédibilité ? Ce programme budgétaire est bien plus sérieux que celui d’Emmanuel Macron. Prétendant que personne ne paiera ce qui est nécessaire, Macron ment aux Français. Parce que les plus pauvres le financent déjà par l’inflation. Au passage, le président affirme qu’il baisse les impôts alors qu’il a prolongé de dix ans la contribution pour le remboursement de la dette sociale, soit 70 milliards qui vont grever les revenus des Français. L’inflation est l’impôt déguisé de Macron. Cela fonctionne comme une taxe de 5% qui affecte la consommation quotidienne, mais aussi les petites économies de ceux qui ont travaillé dur. Face à cela, les Nupes se montrent plus transparents en annonçant un impôt progressif sur les plus riches, en succession, en héritage. Bien sûr, il n’est jamais agréable de payer plus. Mais un budget sérieux nous oblige à dire la vérité aux Français. La dette ne peut pas être éternelle. Les priorités sociales doivent être financées par la fiscalité le plus équitablement possible. “ Ce n’est pas Mélenchon qui a créé l’inflation ! “ Le think tank Terra Nova accuse Nupes de vouloir prendre en otage la zone euro pour financer son programme. Que répondez-vous Je suis impressionné par leur incapacité financière. Le programme Nupes prévoit des augmentations des dépenses publiques de 250 milliards de dollars par an à la fin du quinquennat. Nous sommes actuellement à environ 1 400 milliards de dépenses publiques. On parle donc d’une hausse de moins de 20 % sur cinq ans, dans un contexte d’inflation sans précédent qui atteint désormais 5 % par an. En fait, elle permet seulement de maintenir le vrai niveau des dépenses publiques et d’éviter le pouvoir d’achat des infirmières et des éducatrices. Faut-il autoriser les baisses de salaire ? Nous avons changé le monde, ceux qui critiquent devraient ouvrir les yeux. Ce n’est pas Mélenchon qui a créé l’inflation ! À lire aussi – Détails de la campagne, sujets, sondages… Quatre choses à savoir avant le premier tour des législatives Le blocage des prix n’est-il pas alors que la mesure profitera à tout le monde, y compris aux produits les plus riches et les plus importés ? Il faut regarder l’étendue des biens concernés et prévoir des négociations avec les producteurs. En matière d’énergie, nous aurions dû rester longtemps dans un système de prix réglementés. L’existence de tarifs qui s’appliquent tous les six mois est catastrophique pour les ménages et inefficace sur le plan climatique. Compte tenu de sa capacité d’emprunt, l’État a les moyens de résister à ces crises haussières et baissières. “ Il faut apporter une contribution générale à la richesse selon le modèle CSG “ Est-il réaliste d’interdire les licenciements dans les entreprises qui versent des dividendes ou reçoivent des aides publiques ?Oui, mais en général, nous avons besoin de plus de négociations. Nupes propose d’augmenter significativement la présence des représentants des salariés dans les conseils, engageant entre un tiers et la moitié de leurs postes. Pour moi, c’est la mesure la plus importante du programme. Parce que ça oblige tout le monde à être constructif. L’Allemagne et la Suède fonctionnent ainsi depuis les années 1950, ce qui n’a pas empêché les entreprises de bien performer, bien au contraire. Certains pleurent le bolchevisme alors qu’une telle idée incarne la social-démocratie. Dommage que les idéologues macronistes ne s’en rendent pas compte. Augmenter les cotisations vieillesse pour prendre sa retraite à 60 ans, est-ce que cela met en péril le pouvoir d’achat ? Il est temps de diversifier le financement de la protection sociale. Il est nécessaire de créer une contribution généralisée à la richesse selon le modèle CSG afin d’inclure les héritages supérieurs. Cela permettra de financer la dépendance et d’augmenter les pensions des plus modestes. “ Si les réductions d’impôts suffisaient à faire un pays prospère, la Bulgarie et la Roumanie seraient plus riches. “ L’Institut Montaigne pointe un coût de 80 milliards d’euros par an. Ce chiffre est très discutable, surtout si l’on ignore les économies réalisées dans l’assurance-chômage. Dans la proposition de Noupes il faut 40 annuités pour avoir une pension complète. Pour ceux qui ont étudié longtemps, il faudra donc attendre 63, 64, 65 ans, selon l’âge d’entrée dans la vie professionnelle et les interruptions de carrière. En revanche, pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, par exemple à 20 ans, ils pourront partir à 60 ans, ce qui est juste. Faut-il passer à 41 ou 42 rentes pour les salaires les plus élevés ? Pourquoi pas. Mais pour ceux qui ont commencé tôt, 40 gains suffisent. Avec Macron, c’est tout le contraire. Ceux qui ont commencé à 20 ans devront cotiser 45 rentes pour pouvoir partir à 65 ans, tandis que ceux qui ont commencé à 22 ans auront leur retraite complète avec 43 rentes. La réforme Macron est un impôt caché pour les Français à faible espérance de vie. Ce scénario ne pourra jamais être accepté, nous risquons une crise des gilets jaunes à la puissance 10. N’avez-vous pas peur de la fuite des capitaux et des entreprises qui les taxent davantage ? Si les réductions d’impôts suffisaient à faire un pays prospère, les plus riches seraient la Bulgarie et la Roumanie, qui ont l’un des taux d’imposition les plus bas d’Europe.